Quelle équivalence entre une bouteille de e-liquide et des cigarettes ?

Dans un monde où les étiquettes Bio Natural, sans OGM sont mises en avant par tous les types de marques, de l’industrie alimentaire à la cosmétique, le retour aux substances synthétiques ou fabriquées en laboratoire est-il un pas en avant ?

Tabac nicotine

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La nicotine, ce fameux alcaloïde, ne vient pas d’un laboratoire. On la retrouve naturellement dans certaines plantes de la famille des Solanacées, ce qui inclut le tabac, les piments, les tomates, les pommes de terre, les aubergines, et même les pétunias. Mais quand il s’agit de concentration, le tabac (Nicotiana tabacum) domine largement, avec des taux de nicotine allant de 8 à 14 %. C’est cette richesse qui a scellé sa place au cœur de la cigarette, séchée puis brûlée pour délivrer sa dose de nicotine.

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Depuis plus d’un siècle, le couple tabac-nicotine façonne les habitudes des fumeurs. Une fois fumée, la nicotine agit directement sur le cerveau, créant un effet de stimulation qui rend l’habitude difficile à perdre. Les feuilles utilisées dans les cigarettes sont seulement séchées, sans transformation lourde. Leur maturation idéale se repère à leur couleur jaune-vert, moment où leur teneur en sucre culmine, annonçant une saveur douce après la cure. Mais l’industrie du tabac n’a pas laissé le goût au hasard : elle y ajoute des additifs, souvent pointés du doigt pour renforcer le potentiel addictif du produit.

Il fut un temps où la nicotine servait aussi d’insecticide, juste après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, on lui préfère d’autres molécules, moins coûteuses, issues de la chimie moderne.

Nicotine liquide extraite des plantes

Dans les e-liquides, on ne fait plus infuser des feuilles de tabac. Ce qui compte, c’est la solution de nicotine liquide obtenue généralement à partir des feuilles de tabac elles-mêmes.

La chimie de la nicotine se complique : cette molécule, la 3-pyridine, possède un carbone chiral, ce qui signifie qu’elle existe sous deux formes non superposables, appelées énantiomères. Les chimistes parlent alors de S-nicotine et de R-nicotine. Leur formule chimique est identique, mais l’arrangement spatial des atomes diffère, un peu comme une main droite et une main gauche : semblables, mais impossibles à superposer.

La S-nicotine fait tourner la lumière polarisée vers la gauche (lévorotatoire), la R-nicotine vers la droite (dextrorotatoire). Lorsqu’un mélange contient autant des deux, on parle de mélange racémique (RS-nicotine), dont la rotation optique s’annule.

Alcaloïdes extraits de N. tabacum. Voir dans le texte pour plus de détails.

Dans une feuille fraîche de N. tabacum, on retrouve principalement 93 % de S-nicotine, suivie de 3,9 % de S-anatabine, 2,4 % de S-nornicotine et 0,5 % de S-anabasine.

L’extraction de ces alcaloïdes s’effectue à partir de cultures broyées, auxquelles on ajoute des solvants organiques, puis on distille le tout. La nicotine et ses compagnons se dissolvent dans l’alcool, le chloroforme, l’éther, le kérosène ou même l’eau. Pour améliorer le rendement, les techniques se modernisent : chauffage par micro-ondes, combinaisons de solvants… Résultat : une nicotine pouvant atteindre une pureté pharmaceutique de 99,9 %.

Une autre technique implique la transformation de la nicotine en sel sulfate, avant de la retransformer en base utilisable via des réactifs adaptés. Cette méthode nécessite un agent de blanchiment pour éliminer les impuretés. Les liquides ainsi blanchis paraissent plus clairs, mais cette apparence immaculée ne garantit en rien une qualité supérieure.

Qu’est-ce que la nicotine sans tabac ?

Si le tabac reste la source privilégiée de nicotine, ce n’est pas par hasard. Sa concentration en S-nicotine, la forme active, surpasse de loin celle des aubergines ou des pommes de terre. C’est ce qui explique son usage industriel.

La nicotine sans tabac désigne la S-nicotine obtenue à partir d’autres espèces végétales que N. tabacum. Selon la plante choisie, le rendement de l’extraction et le temps nécessaire varient considérablement.

Synthèse chimique de la nicotine

Pour les chimistes, synthétiser la nicotine a longtemps relevé du défi. Ce n’est que récemment que la production synthétique s’est démocratisée. Mais la nicotine synthétique reste coûteuse, et le moyen le plus efficace d’obtenir la forme désirée consiste à séparer les énantiomères à partir d’un mélange racémique (RS-nicotine). Un passage par recristallisation permet d’isoler la S-nicotine et d’en garantir la pureté.

Le problème des mélanges racémiques est clair : la moitié de la nicotine, la R-nicotine, n’a aucun effet psychoactif. L’autre moitié, la S-nicotine, seule, agit. Résultat : un e-liquide à 10 mg/ml fabriqué avec de la nicotine synthétique racémique n’offre en pratique qu’un effet équivalent à 5 mg/ml d’une nicotine naturelle.

Qu’elle soit extraite ou synthétisée, la nicotine pure est incolore. Mais au fil du temps, sous l’effet de la lumière, de la chaleur ou simplement de l’oxygène, elle prend une teinte brunâtre, même dans des flacons hermétiques. Ce changement de couleur n’affecte en rien ses propriétés, malgré certaines idées reçues : la limpidité d’un liquide n’est pas synonyme de meilleure qualité.

Qui fabrique la nicotine de synthèse ?

À San Diego, Next Generation Labs, LLC s’impose comme pionnier : c’est l’une des rares entreprises à proposer de la nicotine sans tabac (TFN™) destinée au vapotage. Sous la houlette de Ron Tully, la société s’est lancée dans la fabrication à grande échelle de nicotine pure (R, S), pensée aussi bien pour la vape que pour l’accompagnement du sevrage tabagique ou l’usage récréatif.

Next Generation Labs a par ailleurs breveté sa nicotine synthétique, ce qui attire l’attention des acteurs de la pharmacie et de la chimie fine. Leur intérêt ne se limite pas à la nicotine : ils explorent aussi ses analogues pour traiter des troubles neurologiques comme Parkinson, Alzheimer, TDAH ou épilepsie.

Sur la radio Vape, Ron Tully détaille les atouts de la TFN, une nicotine issue de la synthèse. Si son prix, initialement fixé à 125 000 dollars le kilo, la réservait à une élite, il a nettement baissé, pour atteindre aujourd’hui 5 000 dollars le litre, presque au niveau de la S-nicotine naturelle (4 000 dollars le litre chez Sigma-Aldrich). L’avantage ? Une substance inodore, insipide et d’une pureté remarquable.

La pureté, nouvel argument de vente

À ce jour, seules quelques marques de e-liquides comme Coastline, CRFT Labs ou KVASS (14 références en tout) font le pari de la nicotine sans tabac. La très grande majorité des fabricants restent fidèles à l’extrait naturel. Selon Next Generation Labs, les extraits de tabac conservent un « coup de plante » désagréable, que les marques doivent masquer à grand renfort d’édulcorants ou d’arômes puissants.

Voici les trois arguments mis en avant par Next Generation Labs pour la TFN™ :

  • elle ne contient pas les nombreuses impuretés présentes dans la nicotine issue du tabac,
  • elle est presque sans goût et sans odeur,
  • elle sublime les arômes des e-liquides, tout en procurant le même effet biologique que la nicotine naturelle.

Le brevet en cours évoque un point sensible : le kérosène, souvent utilisé comme solvant pour extraire la nicotine du tabac, ne permettrait jamais un nettoyage complet. Certains contaminants, jugés nocifs, voire cancérogènes, renforceraient en plus la dépendance à la nicotine. La méthode synthétique, elle, s’appuie sur plusieurs étapes utilisant des composés faiblement toxiques, avec comme base le nicotinate d’éthyle, autour duquel se greffent différents atomes par des réactions spécifiques.

La question de la réglementation reste en suspens : la FDA n’a pas tranché sur la supervision des produits à base de nicotine synthétique ou sans tabac. Michael Siegel avançait l’idée que ces produits pourraient échapper à l’autorité de la FDA, qui de son côté promet d’étudier les dossiers au cas par cas.

Dr. @mbsiegel dit à White Cloud que la nicotine synthétique n’est pas soumise à la réglementation de la FDA, découvrez pourquoi : https://t.co/7z46w6Pbgs #vape

, PNT (@TFN_Nicotine) 26 juin 2016

« Nous croyons que Calumet Advisers, avec ses atouts en matière de politiques, d’analyse de marché et d’évaluation des technologies émergentes, offrira aux clients de Calumet une plate-forme solide à partir de laquelle ils pourront prendre des décisions éclairées sur le marché américain de la vape. »
Ron Tully, ancien membre du conseil d’administration de la SFATA, s’investit désormais avec VTA et a cofondé Calumet Advisors, une société de conseil spécialisée sur la cigarette électronique et la vape. Cette entité regroupe trois expertises complémentaires :

  • TNV Ventures, un réseau international d’experts en politique de régulation du tabac et de la vape, représenté par Ron Tully,
  • 9.8 Group, holding stratégique actif dans la technologie,
  • Wingle Group, cabinet de conseil basé en Chine, reconnu pour sa maîtrise des technologies de la cigarette électronique, des accessoires et de la fabrication de e-liquides, avec à sa tête Dmitri Churakov.

Calumet Advisors s’éloigne des débats les plus brûlants du secteur. Leur mission : accompagner les entreprises, fournir des analyses, des données et des outils pour évaluer les opportunités, anticiper les évolutions de marché et piloter les stratégies produits sur tout leur cycle de vie.

Leete E. Mueller, MOI, 1982. Synthèse biomimétique de l’anatabine à partir de 2, 5-dihydropyridine produite par la décarboxylation oxydative de la baikiaïne. Journal de l’American Chemical Society, 104 (23), 6440-6444.

Wagner, FF. & Comins, DL, 2007. Progrès récents dans la synthèse de la nicotine et de ses dérivés. Tétraèdre, 63 (34), 8065-8082.

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